Santé

Douleur à l’aine en marchant : souvent musculaire, parfois urgente

Éloïse Carré-Lavergne 7 min de lecture
Douleur à l aine en marchant : médecin ausculte l’aine

Une douleur à l’aine en marchant peut venir d’un muscle sollicité, de la hanche, d’une hernie ou, plus rarement, d’un problème urinaire, génital ou gynécologique. La localisation exacte, le mode d’apparition et les symptômes associés orientent la suite. Une gêne légère après un effort n’a pas la même signification qu’une douleur brutale avec fièvre, vomissements ou difficulté à poser le pied.

Repérer le profil de la douleur avant de chercher une cause

L’aine correspond au pli situé entre le bas-ventre et le haut de la cuisse. Pourtant, une douleur ressentie à cet endroit peut aussi provenir de la hanche, du pubis, des lombaires ou des voies urinaires. La marche alterne l’appui sur une jambe, la flexion de hanche et la stabilisation du bassin. Elle sollicite donc rapidement une zone fragilisée.

Ce que vous ressentez Pistes fréquentes Éléments qui orientent
Douleur après un sport ou un faux mouvement Adducteurs, psoas, pubalgie Douleur en écartant les jambes, en donnant un coup de pied ou en montant les escaliers
Douleur profonde dans le pli de l’aine Hanche Raideur, gêne pour tourner la jambe, mettre une chaussette ou se lever
Pesanteur ou boule dans l’aine Hernie inguinale ou crurale Gêne accentuée par la toux, le port de charges ou la station debout
Brûlures, décharges ou irradiation Origine lombaire ou nerveuse Fourmillements, engourdissement, douleur vers l’avant de la cuisse ou le genou
Douleur avec symptômes urinaires ou génitaux Infection, calcul ou cause pelvienne Fièvre, sang dans les urines, nausées, douleur testiculaire ou saignement

Le côté droit ou gauche, pris isolément, ne permet pas de poser un diagnostic. Il est toutefois utile de noter si la douleur est apparue après une chute, progressivement lors de la reprise de la marche ou sans déclencheur évident. Une douleur au repos ou la nuit mérite aussi un avis médical, surtout si elle augmente ou s’accompagne d’une limitation des mouvements.

Muscle, tendon ou hanche : les causes souvent liées à la marche

Adducteurs, pubalgie et psoas

Une lésion des adducteurs survient souvent après une course, un changement de direction, un écart brusque ou un effort inhabituel. La douleur siège sur la face interne de la cuisse ou près du pubis. Elle augmente lorsque l’on serre les jambes, qu’on les écarte ou que l’on accélère le pas. Un hématome, un gonflement ou une douleur vive apparue immédiatement évoquent davantage une lésion récente qu’une simple courbature.

La tendinopathie de l’iliopsoas, souvent appelée douleur du psoas, se manifeste plutôt dans le pli de l’aine lors de la flexion de la hanche. Lever le genou, monter les escaliers, sortir d’une voiture ou se relever d’une chaise peut alors devenir douloureux. La pubalgie correspond davantage à une douleur installée autour du pubis et de l’aine, favorisée par des contraintes répétées du bassin et des abdominaux.

Une douleur de hanche peut se faire sentir dans l’aine

L’arthrose de hanche, un conflit fémoro-acétabulaire ou une atteinte du labrum peuvent provoquer une douleur profonde dans l’aine, plutôt que sur le côté de la hanche. Une raideur au démarrage, une amplitude réduite et une douleur à l’appui sont des indices utiles. La marche prolongée, les escaliers et la rotation de la jambe deviennent alors plus difficiles.

À chaque pas, le bassin reçoit l’impact de l’appui du talon, puis doit rester stable lorsque l’autre jambe avance. Une faiblesse des muscles fessiers ou une mobilité limitée de la hanche peut déplacer la charge vers les adducteurs et l’avant de la hanche. La distance parcourue n’est donc pas le seul facteur à considérer. La cadence, les dénivelés, la fatigue et un changement récent de chaussures ou d’activité peuvent aussi modifier les contraintes.

Quand penser à une hernie, au dos ou à une cause non musculaire ?

La boule inguinale doit être examinée

Une hernie inguinale ou crurale peut provoquer un tiraillement, une brûlure ou une sensation de pesanteur dans l’aine en marchant. Une grosseur peut apparaître ou devenir plus visible en position debout, lors de la toux, d’un effort ou du port de charges. Elle peut parfois diminuer en position allongée. Il ne faut toutefois pas chercher à la manipuler avec force.

Une masse douloureuse, dure ou irréductible, surtout avec des nausées, des vomissements ou une douleur abdominale, peut évoquer une hernie étranglée. Cette situation nécessite une prise en charge urgente.

Dos, nerf, urines et organes génitaux

Une douleur lombaire projetée ou une cruralgie peut atteindre l’aine et l’avant de la cuisse. Des brûlures, des décharges électriques, des fourmillements, un engourdissement ou une faiblesse de la jambe renforcent cette hypothèse. La douleur n’est pas forcément maximale dans le dos. L’examen de la colonne, du bassin et de la hanche reste donc utile.

Des brûlures en urinant, des envies fréquentes, du sang dans les urines, de la fièvre ou une douleur descendant vers les organes génitaux peuvent orienter vers une infection urinaire ou un calcul rénal. Chez l’homme, une douleur testiculaire soudaine et intense, notamment avec des nausées ou des vomissements, est une urgence urologique.

Chez la femme, une douleur pelvienne inhabituelle peut être liée à un kyste ovarien, à l’endométriose ou à une autre cause gynécologique. Pendant la grossesse, une douleur intense accompagnée de saignements, de fièvre, de contractions, de vertiges ou d’un malaise nécessite une prise en charge rapide. Ces symptômes ne permettent pas de déterminer la cause à distance, mais ils justifient un avis médical sans attendre.

Que faire aujourd’hui et quels signes imposent une consultation ?

Après une douleur apparue pendant un effort, sans signe de gravité, privilégiez un repos relatif. Réduisez temporairement les longues marches, la course, les escaliers répétés et les mouvements qui réveillent nettement la douleur. Il n’est pas nécessaire de rester totalement immobile : conservez des déplacements courts et tolérables. En cas de traumatisme récent, du froid appliqué pendant 15 à 20 minutes, avec un tissu entre la peau et la source froide, peut soulager.

  • Évitez les étirements forcés des adducteurs et les exercices douloureux dans les premiers jours.
  • Ne reprenez pas la course ou le sport dès la disparition partielle de la douleur. Augmentez progressivement la durée, la vitesse et le dénivelé.
  • Demandez conseil avant de prendre un anti-inflammatoire, notamment en cas de grossesse, d’antécédents digestifs, rénaux ou cardiovasculaires, ou de traitement en cours.
  • Consultez un médecin généraliste si la douleur persiste plus d’une semaine, s’aggrave ou limite la marche.

Appelez le 15 ou le 112, ou rendez-vous aux urgences, en cas de douleur brutale très intense, d’impossibilité de marcher ou de prendre appui, de fièvre supérieure à 38 °C, de vomissements, de malaise, de douleur testiculaire aiguë, de saignement pendant la grossesse ou de grosseur inguinale douloureuse et irréductible.

Quel professionnel consulter et comment le diagnostic est-il posé ?

Le médecin généraliste est le premier interlocuteur lorsque la cause n’est pas claire. Il recherche le trajet de la douleur, un traumatisme éventuel, une masse, une limitation de la hanche, des signes neurologiques ou des symptômes urinaires, puis oriente si nécessaire. Un médecin du sport, un orthopédiste ou un rhumatologue peut intervenir en cas de suspicion d’atteinte musculaire, tendineuse ou articulaire. Selon les symptômes, un gynécologue, une sage-femme ou un urologue peut être indiqué.

L’examen physique porte généralement sur l’aine, la hanche, le bassin, les lombaires et la mobilité. Le médecin peut aussi évaluer la douleur à l’appui, à la flexion, à la rotation ou lors de certains mouvements de la jambe. Selon l’hypothèse, une radiographie, une échographie ou une IRM peuvent être proposées. Des analyses urinaires sont utiles en cas de brûlures, de fièvre ou de sang dans les urines.

Si une cause mécanique est confirmée, un kinésithérapeute peut construire une rééducation progressive associant mobilité et renforcement des adducteurs, des fessiers et des abdominaux profonds. La reprise de la marche se fait selon la tolérance, sans entretenir une douleur nette. Le soulagement d’un symptôme ne suffit pas à identifier sa cause : une douleur persistante, récidivante ou mal expliquée doit être réévaluée.

Éloïse Carré-Lavergne
Retour en haut